putschs et conséquences Publié le 18 juin 2007 par émilie On a pas décidé sur un coup de tête de quitter la côte d'ivoire, terre d'espérance..... http://www.youtube.com/watch?v=KA7taMSzRqY Il a fallu qu'on ait eu peur, qu'on ait eu des craintes pour notre sécurité.... http://www.youtube.com/watch?v=k1oBFfdxPz4 Je n'avais pas de crainte pour mon emploi, tout ce qui avait trait à la sécurité des biens et des personnes marchait super bien à ce moment là... et je travaillais dans le domaine canin....(le seul magasion de toute l'afrique de l'ouest qui vendait du royal canin - le nec plus ultra)... donc pour moi, pas de problème. http://www.youtube.com/watch?v=SJrx4-RGSns Mais pour marc, ce n'était pas le cas du tout. on dit souvent "quand le batiment va, tout va..." et justement, dans le batiment, les investisseurs sont devenus frileux, tout à coup.... et le salaire de marc nous parvenait en plusieurs parties, en deux ou trois fois dans le mois.... http://www.youtube.com/watch?v=GTo9qV3v-So et surtout, il y avait notre bébé, alexandre, né en avril, et donc qui avait 8 mois lors du premier coup d'état dont date ces photos.... http://www.youtube.com/watch?v=bhN2Lr4gz0Q La première fois, c'était quelques jours avant noël... J'avais rendez vous avec nath' (nathalie à ludo, comme on l'appelait), pour aller au plateau acheter du matériel de pêche pour nos hommes. j'étais encore chez moi quand j'ai reçu un coup de fil... c'était caroline et virginie, qui m'appelait pour me prévenir, de ne pas sortit, de prévenir autour de moi, le consulat avait prévenu ses employés... des militaires se promenaient dans les rues, venant des quartiers au sud, ils descendaient en direction du plateau.... http://www.youtube.com/watch?v=75tsjMFL_6Q (là on passe à des photos plus récentes, prises lors du dernier aller retour de pierre pour les fêtes de fin d'années de 2006 - le père de marc - preuve que les choses ne se sont pas améliorées) http://www.youtube.com/watch?v=75tsjMFL_6Q Cela me semblait complètement irréel. Mais voilà, marc et ma maman sont au plateau, justement. qui plus marc doit s'occuper de la paye du chantier (l'immeuble karrath, là ou il y avait le supermarché azar et salamé), et à une somme plus qu'important sur lui.... http://www.youtube.com/watch?v=PCFxRwJbOHE Il me faut donc les prévenir le plus rapidement possible.... Mais aucun réseau ne marche, pas moyen. pendant deux heures... c'est l'inquiétude et le flou artistique... d'un côté la situation est dramatique, et en même temps le quartier continue avec fatalisme ses habitudes quotidiennes.... finalement, marc et maman sont sains et saufs. ils sont restés à leurs postes en attendant que ces hommes armés passent, en espérant qu'ils n'auraient pas l'idée de venir voir dans les batiments ou ils trouvaient... nous nous retrouvons enfin vers 17h00 à la maison. http://www.youtube.com/watch?v=NNt-i1yKsCA on est tous un peu sonnés de ce que l'on a vécu, hébétés... pour moi, l'attente exaspérante, insupportable... et eux, attendre de ne plus entendre tirer dans les rues du plateau pour se risquer à passer le pont... http://www.youtube.com/watch?v=Z5YUvuuoh0U Sans savoir ce que sont devenus les uns et les autres..... Maman rentre chez elle, mon boy aussi (avec plein de recommandations de ma part pour sa sécurité), la nounou reste prudemment chez nous (et pourtant, elle, elle est ivoirienne - elle n'a donc à priori rien ou presque à craindre...) http://www.youtube.com/watch?v=wMtd0RjLU60 Ce jour là, il était prévu qu'en redescendant du plateau, je passe à super hayat, ou j'ai commandé une dinde, car j'ai prévu de me lancer pour noël dans la confection pour le repas de noël d'une dinde aux marrons, aidée d'anatole (notre cher boy, si talentueux en cuisine - un sacré parachute pour moi !).... A ce jour, je n'ai jamais fait de dinde de ma vie.... Car si je m'étais rendu ce jour là au super marché, avant que les portes en soit fermées par sécurité, j'aurais eu ma dinde. mais dès le lendemain, on est tous invités à rester chez nous : un coup d'état à eu lieu dans la nuit : le général Gueï a pris le pouvoir des mains de konan Bédié, qui est déjà loin.... Pour ce noël là, nous avons mangés (je m'en souviens comme si c'était hier !) un gratin de poireau au jambon.... un sorte de couvre feu avait été établi. maman n'était pourtant qu'à 5 rues de nous, mais il aurait fallu être inconscient pour aller plus loin que le bout de la rue. Dans les semaines qui suivirent, nous avons vécus petit à petit sous pression constante.... Le matin, nous nous levions vers 6h00 (en afrique, on se lève tôt, on se couche tard... mais on fait la sieste !!), et l'attente commençait... si le téléphone sonnait avant 7h00, c'était mauvais signe : soit la patronne de maman, soit un chef de chantier de marc nous conseillerait de rester à la maison.... Pour le nouvel an, pour la première fois, je suis restée à la maison, sans marc. je n'ai pas voulu quitter abidjan, pour alexandre. Marc est parti avec ludo et sa famille à Assinie. Il est revenu me chercher le lendemaine pour y passer la journée, et nous sommes rentrés dans l'après midi. Il y a eu d'autres alertes, et lors de l'une d'elles, marc a choisi de faire quand même un aller retour à son travail.... l'attente a été insupportable malgré qu'il ne soit parti que 3 heures... chez une voisine, j'ai fais un malaise ; d'angoisse... Il fallait faire des provisions... de nourriture, de couches, de médicaments.... Et puis surtout... il a fallu se poser la question de savoir ce qu'on fera s'il fallait évacuer abidjan... nos meubles, bibelots, bijoux, cadeaux, jouets, livres, disques..... il fallait pouvoir partir avec un sac par personne... c'était peu pour toutes mes années de vie sur abidjan.... Plutôt que de parler ouvertement de notre sécurité, j'ai biaisé, en proposant que nous envoyons des affaires sur la France. j'ai choisi donc ce qui me semblait indispensable... mes disques vyniles (ben oui !), des cadeaux fait à notre mariage, la chaise mandingue, tous les bibelots en bois que marc avait fait faire lorsqu'il travaillait au parc à bois, le vélo d'alexandre.... bref, en tout, il y avait 1 m3 d'affaires.... Ma vie se résumait à ça... 1 m3 d'affaires.... nous avons fait partir en juillet, c'est arrivé en octobre. Entre temps, marc avait mis des mots pour cette situation.. et il me demandait d'envisager de partir. je n'ai pas dit non, mais je n'arrivais pas à accepter cette idée. Cet été là, nous rentrions en vacances, en france pour le mois d'août. Arrivés en france, il m'a proposé un "deal" : il répondrait à toutes les offres d'emplois pendant que nous serions en france. s'il trouvait un travail, convenablement payé, on quitterait abidjan. C'est qu'il est décidé, cet homme-là... évidemment il a trouvé. A ce moment là, il m'a dit " tu reste là, je retourne à abidjan seul, et je reviens". je n'ai pas accepté.... il m'était absolument impossible de l'envisager.... ne pas revoir nos amis, anatole, la nounou, ma patronne, ma maman... ne pas leur dire au revoir... laisser tout le reste de mes affaires.... Je crois bien que ne pas y retourner aurait été au dessus de mes forces.... malgré la peine de quitter mon pays.... de savoir que je rentrais pour en repartir... en bon petit soldat raisonnable... je suis rentrée, puis j'ai annoncé nos décisions à ma patronne (c'était un poste formidable pour moi, j'adorais ce job) en premier lieu, pour qu'elle puisse trouver quelqu'un de bien rapidement. Puis à ma maman, puis à anatole et à la nounou, bien sur. j'ai vendu ma voiture, vendu une partie de mes habits, mes meubles, l'électro ménager, les casseroles, le lit d'alexandre.... je ne me suis pas attardé sur le mal que cela me faisait : il fallait le faire, c'était plus que raisonnable... je suis partie comme on se sauve pour rester en vie ; avec une impression d'urgence, sans états d'âme apparents. Ah quoi cela aurait il servi ? Mon âme est africaine, je le sais, c'est ainsi.... que je sois ici ou ailleurs, cela ne change au final pas grand chose. Mon Afrique est dans ma tête, dans mon coeur... je n'ai pas besoin d'y être pour être qui je suis. Un jour quelqu'un se jouait de moi.... on m'a dit "tu sais, méfie toi, elle obtient toujours ce qu'elle veut"... j'ai répondu, sans même me poser de questions "oui, mais moi, je suis une abidjanaise, elle ne sait pas à qui elle a à faire ! elle n'aura pas gain de cause" Et puis je serais tellement déçue, sans doute, de voir ma "perle des lagunes" (surnom d'abidjan) sale, triste, pauvre.... elle a tant changé pendant ses 7 années.... Et puis, nous avons échappés au pire... fin 2004, des milliers de personnes ont subis le rapatriement que nous redoutions... ils sont partis avec un sac, dans le meilleur des cas. Certains ont tout perdu, même la vie. Mais c'était inévitable. Aucuns des liens ne vous mène sur des vidéos m'appartenant. Publicité